Février 2026
Entre jeunesse insurgée, islamistes en embuscade et nationalistes revanchards, ce pays de plus de 171 millions d’habitants, issu de la partition, devenu indépendant en 1971 et parmi les plus défavorisés du monde, cherche sa voie démocratique… après la révolution des jeunes de juillet-août 2024.
Ce mois-ci, le Bangladesh votait pour la première fois depuis la chute de la “dictatrice” Sheikh Hasina. Le pays était gouverné temporairement depuis la révolution par Muhammad Yunus le prix Nobel de la paix. Un climat d’élections où l’espoir de renouveau se heurtait à la méfiance généralisée. La jeunesse qui a renversé l’ancienne dirigeante découvrait la dureté des compromis politiques, tandis que les forces traditionnelles tentaient de reprendre la main.
“Qui va écrire l’avenir du Bangladesh ? “
“Qui va écrire l’avenir du Bangladesh “ publiait il y a une semaine Côme Bastin pour les médias français. Le journaliste décrivait un Bangladesh suspendu entre l’élan révolutionnaire de juillet 2024 et le retour des vieux réflexes politiques. La jeunesse, qui avait fait tomber Sheikh Hasina au prix de nombreux morts, espérait ouvrir une nouvelle ère démocratique. Et à l’heure du scrutin, les lignes se brouillaient.
Le Bangladesh Nationalist Party (BNP), favori après le retour d’exil de Tarique Rahman, héritier d’une grande dynastie et fils d’une ancienne Premier Ministre, exilé à Londres, incarne l’alternance… mais aussi les dérives du passé. Face à lui, le National Citizen Party, né de la mobilisation étudiante, avait surpris en s’alliant avec Jamaat‑e‑Islami, formation islamiste longtemps interdite.
Côme Bastin rapportait les mots de Ariful Islam, coordinateur du NCP: « Dans l’intérêt des réformes et de la justice, nous n’avions pas d’autre option », affirme-t-il, avant d’ajouter que « Jamaat nous a semblé beaucoup plus sincère dans ses engagements démocratiques ». Une justification qui peinait à convaincre une partie de la société, notamment les femmes et laisse présager une islamisation de la société.
Dans les rues de Dacca, l’inquiétude était présente. Côme soulignait les propos d’Adiba, étudiante en génie civil : « Je suis inquiète à l’idée qu’un parti islamiste arrive au pouvoir », confie-t-elle au journaliste, redoutant un recul des droits et des libertés.
Au-delà des alliances, la « charte de juillet » — soumise au vote en même temps que les candidats — cristallise l’enjeu : empêcher toute nouvelle dérive autoritaire.
« Il ne s’agit pas seulement d’une élection, mais aussi d’un référendum pour les cinquantes prochaines années » écrivait Côme rapportant les propos de la politologue Dilara Choudhury. Une manière de conclure que l’avenir du Bangladesh — et peut‑être celui de toute l’Asie du Sud — se jouait bien au‑delà des alliances du moment.
Depuis quelques jours, les résultats sont tombés et le Bangladesh Nationalist Party (BNP) a largement remporté les élections. “Les contempteurs de Tarique Rahman, lui reprochent aussi d’être déconnecté des réalités d’un pays” écrit Carole Dieterich dans Le Monde… Le parti n’était-il pas aussi accusé de corruption massive. Et, au cours de la campagne, certaines erreurs et inexactitudes factuelles dans ses discours ont suscité des inquiétudes quant à sa capacité à gouverner après près de vingt ans d’absence.
Il reste les enjeux majeurs dans un pays dont l’économie est incapable de créer des emplois pour sa jeunesse ( 40% a moins de 30 ans) malgré une croissance soutenue, et dont les défis structurels restent la pauvreté persistante, la corruption endémique, la dépendance de l’industrie et du PIB au textile, les pressions politiques de l’Inde et de la Chine, la vulnérabilité climatique avec la montée des eaux et les inondations régulières.
Août /Septembre 2024
Lors de notre conférence à Bobigny en avril dernier lors du festival "DESI, l’Asie du Sud”, le Bangladesh avait été passé en revue, un pays plutôt ignoré des Français et dont on parlait peu.
Seules les étiquettes des textiles que nous portons “made in Bangladesh” nous rappellent le poids économique de cette filière dans ce pays ! Le Bangladesh compte dans cette Asie du Sud avec ses 175 millions d’habitants. Il est un “petit bout de l’histoire de l’Inde" … et du Pakistan dont il est issu ( partie orientale) après la Partition de l’Inde il y a 77 ans .
Pays indépendant depuis 1971, le Bangladesh est confronté à des handicaps majeurs: politiques, économiques et environnementaux, à l’image du Pakistan .
Se reporter à notre conférence de fin Avril
Le Bangladesh vient d’être traversé depuis un mois par des émeutes initiées par des étudiants contestant le gouvernement en place. La politique de quotas et d’emploi dans la fonction publique a mis le feu aux poudres. Une véritable révolution. Le régime fort et autoritaire de la Première Ministre a été renversé et Sheikh Hasina a été contrainte de fuir en Inde. Cela n'a pas manqué de créer des tensions entre les deux voisins, même si les deux parties veulent ne pas envenimer la situation . Le Dakka Tribune rapporte que le Ministre indien des affaires étrangères S. Jaishankar a déclaré "l'instabilité politique du Bangladesh est une affaire interne au pays et l'Inde souhaite maintenir des relations stables " équilibré par une autre déclaration de Mohammed Yunus le Premier Ministre par interim " Mon pays souhaite maintenir de bonnes relations avec l'Inde comme auparavant et cette relation sera basée sur l'équité et l'égalité"
Dans plusieurs articles dans des médias français et étrangers, Côme Bastin revient sur cette situation tendue au Bangladesh.
La plupart de ses articles étant réservés aux abonnés des médias correspondants, nous en avons tiré les principaux éléments.
Vous trouverez ci dessous une infographie “Repères” permettant de situer le pays dans un contexte plus général et dans son histoire récente afin de décrypter la situation actuelle.
La crise avait commencé dès juillet et les protestations ont été déclenchées par la mise en place par le gouvernement de quotas favorisant l’accès à la fonction publique aux proches du parti au pouvoir . Des dispositions considérées comme discriminatoires et qui ont mis le feu aux poudres. Une explosion après 15 années d'un pouvoir autoritaire ayant entrainé des exactions multiples envers les opposants au régime, exercé par une Première Ministre, Sheikh Hasina, alors "qu'elle avait portée une démocratie comme objectif en son temps” et qui a fui en Inde.
La révolution s'appuie sur une forte aspiration à la démocratie manifestée par la jeunesse qui constitue les 2/3 de la population de 171 millions d'habitants avec comme dont l'âge médian est de 28 ans-. En attendant de futures élections, un gouvernement provisoire a été mis en place avec Mohammed Yunus, personnalité connue pour ses initiatives en faveur des pauvres via l’instauration de micro crédits et prix Nobel de la Paix de 2006 -une figure emblématique en mesure “de peser de toute son aura pour apaiser la violence latente si naturelle après des années d’autoritarisme”.
Les étudiants, initiateurs des manifestations et principales victimes de la répression lors des émeutes -3 ou 400 morts- restent très présents dans la mise en place et le fonctionnement régalien ( police et sécurité). Dans Mediapart , Côme Bastin rapporte que "les étudiants occupent les fonctions autrefois assurées par la police, inquiète de faire face à celles et ceux sur lesquelles elle tirait il y a peu “.
L’heure est venue pour demander des comptes sur les années passées et sur les massacres durant les manifestations. Une situation explosive liée aux rancœurs et aux règlements de comptes : “Depuis le départ de Sheikh Hasina , des familles cherchent leurs proches disparus , les étudiants demandent justice et les proches du régime vivent dans la peur. Pourtant … tous devront pourtant apprendre à vivre ensemble” conclut Côme Bastin dans Le Temps car “loin de signer la fin de l’histoire, le départ de Sheikh Hasina ouvre un nouveau chapitre, celui d’une réconciliation qui s’annonce longue et douloureuse.
Le journaliste à Dacca complète dans Mediapart, "qu’adviendra-t-il après les élections et la possible reprise en main par le parti nationale d’opposition, le BNP, une solution qui ne satisferait pas les initiateurs du mouvement " qui conclut “Les exemples de révolution citoyennes ne manquent pas comme celle du Sri Lanka voisin en 2022. “Pour le moment, semble-t-il les conditions d’une élection sereine ne sont pas encore réunies et “les étudiants ne peuvent pas devenir une autocratie gouvernante” .
Pour conclure à ce jour ( 22 Août ) dans son article dans Ouest-France Sheikh Hasina a trouvé refuge en Inde où elle est protégée depuis début août... Le Bangladesh Nationalist Party (BNP), principal parti d’opposition au régime de l'ex-Première ministre, intensifie ses efforts pour obtenir son extradition. Les manifestations contre elle se multiplient et leur colère se tourne maintenant vers l’Inde. Le nouveau Premier ministre du Bangladesh, Muhammad Yunus, semble toutefois vouloir éviter une confrontation immédiate avec son voisin indien.
Un risque de rupture du fragile équilibre en l’Asie du Sud et des rapports avec l’Inde, le voisin accusé de vouloir considérer le Bangladesh comme un vassal. “Pour cela, les services secrets de notre voisin doivent arrêter de vouloir contrôler notre pays. L'Inde oppresse notre peuple, elle a toujours soutenu Sheikh Hasina, qui est sa marionnette, rapporte l’article.
Sources et articles : Ouest France, Médiapart , La Croix et Libération (France) , Le Temps (Suisse), Le Soir (Belgique).
Liens vers les articles originaux
La Croix : la fureur envers Sheikh Hasina
Marianne : Si on baisse la garde on se fera voler...
Marianne. "la jeunesse veut faire table rase de la dictatrice Hasina"
Libération "Prisons secrètes au Bangladesh le long calvaire des proches des détenus "
Le Temps " la colère populaire contre l'Inde complice de Sheikh Hasina
RFI l'industrie textile redémarre progressivement
Yahoo La colère montre progressivement
Le Soir Sheikh Hasina partie ses anciens partisans vivent dans la peur
RFI La colère monte contre l'Inde
RFI Les étudiants dans les rues de Dacca pour empecher un rassemblement pro Hasina
Ouest France : La réconciliation s'annonce délicate apres la chute du régime
Libération La jeunesse gardienne de la révolution
Le Soir un soulevement historique met subitement fin au règne de Sheikh Hasina
RFI L'Inde perd sa meilleure alliée
« L'Asie du Sud est face à des défis politiques, socio-économiques et environnementaux
Table ronde avec Christophe Jaffrelot et Olivier Da Lage et animée par Ingrid Therwath.
Dans le cadre de sa semaine culturelle DESI, la Ville de Bobigny nous a offert l'opportunité de nous retrouver en présentiel à l'Hôtel de Ville. Une belle occasion de se retrouver entre amis de l'Inde et d'échanger avec des experts de l'Asie du Sud.
Avril 2024